Menu
Visite

Le Jardin de Michel Vu

J’ai découvert lors de mon dernier week-end à Essaouira un jardin merveilleux créé par Michel VU, un artiste qui s’est installé à Ghazoua il y a plus de quarante-cinq ans alors qu’il n’y avait ni eau, ni électricité. Fils du célèbre peintre vietnamien Vu Cao Dam, il a passé son adolescence et une partie de sa jeunesse sur la Côte d’Azur où il a côtoyé et connu des grands maîtres de l’art qui habitaient ou séjournaient souvent dans la région : Picasso, Chagall, Prévert, Klein, Arman, César, Malaval, Calder, Hartung etc. Venu à Essaouira pour soigner un deuil, il n’est jamais reparti et s’est consacré à ses recherches artistiques davantage inspirées par les modes de pensée traditionnels et ce lieu qui l’enchantait que par les grands courants qui animaient le monde de l’art de son époque. Quand il avait peint quelques toiles, il les emportait dans un rouleau qu’il portait sur le dos et s’envolait pour Saint-Paul où sa mère, pendant des dizaines d’années, les a vendues dans la galerie familiale au rez-de-chaussée de leur maison sur la place de la Fontaine.

Michel Vu vit les scènes de la vie marocaine traditionnelle dans un véritable enchantement. Il se situe naturellement dans la voie des orientalistes, bien que son approche soit fondamentalement originale. En effet, son origine asiatique lui fait percevoir ses sujets d’observation au travers d’une optique spatiale épurée visant à exprimer l’essence même du thème, à l’opposé des œuvres des peintres orientalistes qui souvent fourmillent de détails.  Une sorte de quête du bonheur par la simplicité et la familiarité avec la nature.
Ses diverses recherches artistiques seront les fruits de cette attitude devant la vie, faite de tendresse et d’imagination.

Le jardin est sauvage, planté d’essences vivaces dont plusieurs possèdent des propriétés bienfaisantes : aloé véra, romarin, moringa etc… Il abrite aussi un potager. C’est un lieu de paix et de détente parsemé de sculptures d’animaux et de photographies. Dans une petite pièce, sont exposées des photographies et peintures de femmes en haïk. Michel Vu s’est passionné pour le mystère qu’incarnaient les femmes d’Essaouira drapées dans ces pièces de tissu en laine ou en coton qu’il collectionne aussi. Autre surprise, le petit musée de l’automobile abritant dans des vitrines des voitures en thuya qu’il a fabriquées avec un artisan d’Essaouira pour les vendre à Los Angeles où il avait exposé ses représentations de femmes drapées sans grand succès. Il n’est jamais retourné dans la cité des anges, mais il a continué à créer des objets en bois dont un meuble réplique de l’Empire State Bulding qui côtoie le piano de sa maman et une grande cheminée inspirée des marabouts dans le salon du soir.

Autre thème qui lui est cher, les animaux sauvages en voie de disparition qu’il peint et qui recouvrent les murs de son salon, 

« Nous réconcilier avec la nature ce dont elle et nous avons le plus urgent besoin » est un peu la devise de ce jardin que l’on ne peut soupçonner d’exister dans un tel endroit. Si vous avez la chance de croiser Michel Vu, la visite n’en sera que plus poétique. Nous nous sommes trouvés un point commun, une chose que l’on partage qu’avec peu de gens, une greffe de rein, ce qui a fait de cette rencontre, un moment encore plus magique.

Ghazoua, Tél. : +212 611-617046