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Livres

Le livre du mois : Assaut contre la frontière de Leila Slimani

J’ai lu tous les livres de Leila Slimani et je suis une fan inconditionnelle. Une première version de ce texte a été lue en public par Leïla Slimani lors du Festival d’Avignon 2025 qui a mis à l’honneur la culture et la langue arabe. Dans ce petit livre de 73 pages au style ciselé, la romancière s’interroge sur son rapport à la langue arabe, elle qui ne parle ni n’écrit la langue de son pays (qu’elle a du mal à appeler sa langue natale) et se demande dans quelle mesure ce fait la définit. Elle remonte à la colonisation, à son grand-père qui est parti faire la guerre en France et a épousé une Alsacienne, à son père qui a été scolarisé à l’école française et a perpétué la tradition avec ses filles.

« Il me semble que tout roman est la tentative de répondre à une question. Et que celle qui fut à l’origine et au centre de ma trilogie est celle-ci : pourquoi est-ce que je ne parle pas ma langue ? Cette langue arabe, qu’est-elle pour moi ? Penser à ça, à la langue arabe, c’est ressentir un mélange de chagrin et de honte, de colère et de frustration. Comment pourrais-je vous raconter, vous faire comprendre que je parle comme une enfant la langue qui devrait être la mienne ? Que je vis avec une langue fantôme comme on parle d’un membre fantôme dont on sent encore la présence bien qu’il ait été amputé. Cette langue, je l’ai cherchée partout. Je l’ai désirée, je l’ai poursuivie, j’ai pu suivre des inconnus dans la rue simplement pour les entendre prononcer ces syllabes familières. Je pourrais aisément reprendre à mon compte les mots de l’écrivaine et peintre libanaise Etel Adnan : “Je me suis retrouvée à la porte de cette langue. Je l’ai érigée en mythe, en une sorte de paradis perdu.” »pourquoi est-ce que je ne parle pas ma langue ? Cette langue arabe, qu’est-elle pour moi ? Penser à ça, à la langue arabe, c’est ressentir un mélange de chagrin et de honte, de colère et de frustration. »

Elle évoque aussi la richesse du multilinguisme qui « aiguise votre curiosité pour les autres, ça vous fait comprendre que le monde est pluriel, qu’il y a différentes manières de regarder le monde, de le dire, de le comprendre, et donc ça vous oblige tout le temps à vous décentrer ». Elle défend aussi la créolisation de la langue française.

Ce livre m’a renvoyée à ma très grande honte de très mal parler la darija alors que je vis dans ce pays depuis plus de 20 ans.

Aux Editions Gallimard