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Marisa Berenson : « J’aime tout à Marrakech »

C’est dans sa maison de la Palmeraie, pendant le confinement, que Marisa Berenson, tour à tour top model, actrice, it girl et muse, a écrit le texte de « Marrakech Flair », à la demande de Martine et Prosper Assouline.
Dans ce  « coffee table book » de la collection « The Classics » qui sort au moment où la ville ocre a le plus besoin de revenir sur le devant de la scène, elle raconte son histoire, nous parle des icônes du monde entier qui sont tombés sous son charme, des artistes et créateurs marocains qu’elle inspire, des lieux sublimes qui éveillent tous nos sens.
Dans cette interview, Marisa Berenson, avec son charmant accent américain, nous dit tout sur le livre, sa passion pour Marrakech, son goût pour la décoration, ses projets.

Quelle est la genèse de « Marrakech Flair » ?
Comme je vis à Marrakech, Martine et Prosper Assouline m’ont demandé d’écrire le texte de ce livre qui fait partie de la collection « Classics » consacrée à des lieux mythiques comme Saint-Tropez, Athènes ou Ibiza. Je l’ai écrit pendant le confinement, dans ma maison de Marrakech. Cela m’a pris deux mois, puis un mois pour le peaufiner avec Assouline.

Les tombeaux saâdiens – ©Peter Horree/Alamy Stock Photo

Le patio principal de la Medersa Ben Youssef – ©Reto Gunti

Qu’est-ce que vous y racontez ?
L’histoire de Marrakech et de tous ceux qui ont fait de cette ville ce qu’elle est aujourd’hui. Elle est tellement inspirante que j’ai écrit beaucoup plus que ce qui a été publié. J’ai fait des recherches et parlé avec beaucoup de gens. Je pars du début et j’ai été fascinée par le fait que Marrakech a été créée par une femme au destin incroyable, Zeineb bint Ishaq en-Nefzaoui al-Houari. Elle a épousé le grand roi des Almoravides qui lui a construit un palais, le premier palais de Marrakech, puis la Koutoubia. Pendant 30 ans, elle a régné sur cette ville qui est devenue un lieu de culture et de diversité, avec ses érudits et ses visiteurs venus du monde entier.
J’y raconte aussi le protectorat, l’après-guerre, la venue de Winston Churchill, Majorelle, Yves Saint Laurent, des gens très raffinés qui cherchaient le bien-être, une douceur de vivre, quelque chose de très particulier à Marrakech, que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

Vous consacrez également une partie de votre texte à la vie artistique de Marrakech.
Oui, j’ai voulu me concentrer sur le Marrakech des artistes, des plus célèbres à ceux qu’on ne connaît pas forcément. Car Marrakech n’est pas seulement un lieu de vacances merveilleux, un peu bohème, cool et fun, mais aussi une ville d’artistes, de créateurs très innovants qui ont créé des centres artistiques (Mourabiti et Mahi Binebine) et qui ont développé une autre façon de parler de l’art marocain. Et cela me fascine. Il y a des artistes pionniers comme Mohamed Melehi,  Mohamed Chabaa et Belkahia de grand talent qui se sont exprimés ici, et une nouvelle génération absolument passionnante de créateurs de mode (Noureddine Amir, Amine Bendriouich, Artsi Ifrach), et d’artistes, d’Othman Zin avec son Collective Zbel Manifesto, à Hassan Hajjaj, en passant par Deborah Benzaquen, Yasmina Alaoui et sa soeur Leila dont la mémoire perdure grâce à ses photographies.
Il y a des lieux comme le Macaal, El Fenn créé par Venessa Branson avec son twist arty et sa très belle boutique, la Villa Dar El Sadaka écrin du monde Magique de Jean-Feançois Fourtou, le musée Yves Saint Laurent, petit bijou imaginé par le Studio KO, ou des évènements comme la 1.54 Contemporary African Art Fair, qui célèbrent l’art sous toutes ses formes. Il y a ici une grande modernité, des gens qui ont une conscience morale, une conscience de la planète, une conscience sociale et qui sont très intéressants. J’ai voulu raconter tout ça, et aussi parler de lieux mythiques comme le Café de la Poste,  la Trattoria ou le palais Soleiman pour des dîners magiques  et de lieux moins connus, mais exceptionnels comme le Bacha Coffee pour prendre un café.
Ce livre est ce qu’on appelle un « coffee table book ». Martine Assouline en a choisi les photographies, mais j’ai suggéré d’ y ajouter des photos de lieux, d’artistes, de créateurs.

Le patio du Royal Mansour ©Reto Gunti

L’intérieur du Selman par le décorateur Jacques Garcia © Reto Gunti

Un persan arabe à l’hôtel Selman © Reto Gunti

Quand avez-vous découvert la ville ocre ?
Je suis venue une fois pour faire des photos de mode dans les années 60. Je suis revenue il y a neuf ans pour m’y poser. J’ai commencé par louer une maison, puis une autre, avant d’en acheter une dans la Palmeraie que j’adore et que j’ai entièrement refaite et décorée moi-même. Elle est devenue ma base depuis trois ans. J’adore vivre ici, car je m’y ressource vraiment et j’y passe les plus doux moments de ma vie.

Qu’aimez-vous dans cette ville ?
J’aime tout à Marrakech  ! L’architecture, les jardins, l’artisanat tellement beau, les hôtels extraordinaires comme la Mamounia, le Royal Mansour… d’une beauté incroyable que l’on trouve rarement ailleurs et qui représentent le luxe absolu, mais aussi les boutiques hôtels qui ont beaucoup de charme (L’Hôtel Marrakech by Jasper Conran, le riad Mo’da, les Deux Tours…). Il y une grande variété de lieux et une proximité avec le dessert, la montagne. On peut trouver la paix dans les jardins, dans les maisons ou se retrouver dans le brouhaha de la vie dans la médina.
Dans certains endroits, on a l’impression d’être transportés au siècle dernier. J’aime aussi le mélange d’énergies, de modernité, de choses anciennes, de cosmopolitisme.
J’aime les odeurs, la lumière. Il y a tellement de beauté, de douceur de vivre dans cette ville. Les gens y sont extrêmement gentils. Il y a quelque chose de magique ici, ce n’est pas pour rien que beaucoup de gens s’installent ici depuis des siècles. Il y a un mélange de cultures et de religions qui crée une ambiance particulière. C’est un endroit rare.

La place Jemaa El Fna de nuit – © Mauritius Images GmbH/Alamy Stock Photo

Une rue de Marrakech -©Alex Azaba/Unsplash

C’est une vraie déclaration d’amour.
Oui, tous ceux qui viennent à Marrakech en tombent amoureux et veulent y revenir. Winston Churchill disait «Marrakech est le plus bel endroit au monde pour passer une après-midi ». Ont suivi Majorelle, Delacroix, tous les orientalistes, puis les expressionnistes qui sont venus ici peindre cette lumière, cette beauté, cette richesse… Et puis après, il y a eu des gens comme Yves Saint Laurent qui ont été totalement inspirés par la culture et les couleurs de Marrakech. Il y a cet artisanat, cette beauté des objets, des lieux, des architectures. Il y a Bill Willis qui est passé par là aussi et a créé un style dans certaines villas, dont la somptueuse Villa Oasis d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé. Il y a beaucoup de choses qui font qu’on a envie d’y rester. C’est riche de vie. C’est très cosmopolite, avec des artistes, des écrivains, des intellectuels, des gens du monde, des gens de toute sortes, et c’est ça qui fait son charme.

Le jardin secret – © Chris Lewington/Alamy Stock Photo

Le pavillon des invités de l’hôtel Amanjena – © Reto Gunti

Vous avez entièrement décoré votre maison de Marrakech. Quel en est son style ?
C’est une maison arabo-andalouse avec une touche vénitienne. J’ai mélangé les styles. C’est dans la culture de Marrakech. La maison a un côté baroque italien à travers des objets, des tissus, les couleurs chaudes comme le rouge et l’or. J’ai mixé les azulejos de Séville, l’artisanat marocain, le mobilier syrien, chinois, des années 30-40, Napoléon III. J’ai toujours eu des goûts éclectiques. Et la maison se prête bien à ces métissage. Je fouine beaucoup. J’ai trouvé des choses aux puces de Bab Khmis, de Paris et New York. J’ai ramené des objets de partout. Je mélange toutes mes vies, passées et présentes. J’adore les décors. Ca m’a beaucoup amusé de faire ça.

J’ai lu que vous aviez commencé des études de design à Londres à l’âge de 16 ans.
C’est la première chose que je voulais faire quand j’étais jeune. J’adorais l’architecture et le design. J’ai toujours décoré mes propres lieux. C’est une véritable passion. Si je n’étais pas devenue mannequin, puis actrice, j’aurais probablement été décoratrice à plein temps.

Vous venez de tourner un film en France. Pouvez-vous nous en parler ?
Oui, je suis partie au mois d’août, dans le nord de la France pour tourner « Conemara », un film d’Isild Le Besco avec Elodie Bouchez, Élie Semoun, et Jeanne Balibar, qui raconte l’histoire d’une famille dysfonctionnelle qui se retrouve dans une maison en Irlande. Il y a beaucoup de drames et d’amour. J’étais un peu inquiète de partir après un confinement à Marrakech de cinq mois, mais c’était très bien.

Quels sont vos projets ?
En Novembre, je retourne à Paris pour le tournage d’une série française pour OCS, sur le ton de la comédie, drôle et très actuelle. J’ai aussi beaucoup de projets pour 2021. Trois films, Inch’allah, comme on dit ici. Il faut rester positifs et continuer à avancer et à créer.

Marrakech Flair de Marisa Berenson, Editions Assouline, https://www.assouline.com
Disponible à Casablanca chez Nuances Maisons (1100 dh) et bientôt chez Fenêtre sur Cour

 

BIO EXPRESS

Née à New York en 1947, Marisa Berenson est fille d’un diplomate et d’une comtesse et petite fille d’Elsa Schiaparelli.
Après une enfance passée entre la Suisse, l’Italie et l’Angleterre, elle fait ses premières photos pour le Vogue américain à l’âge de 16 ans. Sa beauté légendaire fait d’elle la top la mieux payée du monde. Elle devient la muse de grands couturiers comme Yves Saint Laurent qui la surnomme « La fille des seventies ».
En 1971, elle décroche son premier rôle dans Mort à Venise de Visconti. Elle enchaîne ensuite avec Cabaret de Bob Fosse aux côtés de Liza Minnelli en 1972 et Barry Lyndon de Stanley Kubrick en 1975, qui lancent définitivement sa carrière d’actrice. En 1976, elle épouse le millionnaire américan James Randall, le père de sa fille. Elle joue dans de nombreux films, téléfilms et séries. En 2009, elle publie ses mémoires, « Moments Intimes » aux éditions Calmann-Lévy. Elle a reçu le 1er février 2010 à Vincennes un prix Henri-Langlois pour avoir su mêler, avec brio et naturel, différentes activités artistiques en parallèle liées à l’image comme mannequin, artiste et ambassadrice de l’Unesco et maintenant écrivain. Photo ©Katerina Jebb

ASSOULINE, CREATEUR D’EMOTIONS

 

Martine et Prosper Assouline ont révolutionné le « coffee table book » en créant une maison d’édition consacrée aux beaux livres dédiés à la mode,  la culture,  l’évasion,  l’art de vivre et le design. Des livres présentant le travail de créateurs inspirants tels que Coco Chanel et Christian Dior, aux livres de voyage qui nous transportent à Ibiza ou sur la Côte d’Azur, chaque édition est à la fois belle et passionnante.  « L’idée est de, chaque fois, proposer un film en version papier, de faire danser, chanter les images. Nous souhaitons offrir un regard chargé de sens et d’émotion à travers des photos, des personnages ou des films qui symbolisent ces lieux », raconte Martine Assouline dans le magazine « The Good life ». Et d’ajouter : « Nous voulons clairement faire rêver les lecteurs. D’ailleurs, à mon sens, la lecture de notre collection démarre forcément par les images. Les photos nous permettent de prendre le lecteur par la main, de l’embarquer avec nous. Ce sont ces émotions que nos auteurs vont ensuite restituer en mots ». Tout est dit.

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