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3 jours en DIOR

Capitale de la galaxie Dior pendant trois jours, Marrakech s’est parée de ses plus beaux atours pour recevoir quelque 800 invités et plus de 250 journalistes venus du monde entier pour un défilé Croisière hors-norme, dialogue culturel et pluriel avec l’Afrique.

Après le désert californien en 2018, et les Grandes Ecuries de Chantilly, Maria-Grazia Chiuri qui voulait nouer des échanges créatifs avec les cultures africaines, aurait pu organiser son défilé au Sénégal ou en Tunisie.

Le Maroc comme une évidence

Si elle a choisi le Maroc, c’est parce que c’est le point de rencontre entre la Méditerranée, l’Europe et l’Afrique. C’est aussi parce que Christian Dior, dès 1951, tissa un lien indéfectible avec le royaume en initiant une collaboration avec la maison Joste de Casablanca qui a vu, jusque dans les années 1970, des modèles afficher la double griffe « Christian Dior-Joste – Exclusivité Maroc », car confectionnés dans la ville blanche, d’après des patrons Christian Dior réalisés à Paris. Ce lien, Yves Saint Laurent l’a maintenu en 1960 avec un manteau en lainage ivoire baptisé Marrakech, Gianfranco Ferré l’a ravivé avec un tailleur pantalon en toile de soie ivoire au nom prometteur de Rendez-vous à Casablanca et John Galliano l’a rappelé avec des bodys de tulle brodé à la façon d’un tatouage au henné. Maria Grazia, en présentant sa collection à Marrakech, s’inscrit dans cette passionnante histoire de jeux de lumières réciproques entre Dior, le Maroc et le continent africain, dans sa pluralité.

Un Welcome Dinner hommage à Yves Saint Laurent

Voilà pour la petite histoire. Revenons aux choses sérieuses. Les festivités ont commencé dimanche 28 avril dans divers lieux prestigieux de la ville ocre. Nous, journalistes, avons été conviés à un « Welcome dinner » au Palais de la Bahia, ou palais de la belle, entièrement transformé en palais des mille et une nuits. Dans le patio central carrelée de marbre, sous une tonnelle bleu Majorelle, hommage à Yves Saint Laurent, nous avons dégusté des mets marocains préparés par les équipes du Royal Mansour sous la baguette (magique) du chef triplement étoilé Yannick Alléno, dans des assiettes dessinés par Dior et réalisés par le célèbre céramiste de Safi, Serghini, alors que le champagne était servi dans des verres Beldi fournis par Kessy Beldi. Nous avons pu découvrir dans deux salles richement décorés de stucs et de plafonds en bois peint, une exposition unique regroupant des pièces d’archives créées par Yves Saint Laurent lorsqu’il était à la tête de la création chez Dior, au milieu des années 50. Cette première soirée, tout simplement féérique plaçait déjà la barre très haut.

 

  

 

Un déjeuner champêtre dans la palmeraie

Le lendemain midi, changement de décor, à Dar Addi ou Addi, première demeure construite dans la mythique palmeraie de Marrakech en 1927, qui résonne encore des nombreuses soirées et bals donnés, souvent en l’honneur d’illustres invités comme Winston Churchill, la Reine Marie de Roumanie, le peintre Majorelle ou le couturier Pierre Balmain, pour ne citer qu’eux. Un déjeuner champêtre fleuri de mimosa, fleur favorite de Christian Dior, concocté par les équipes du restaurant italien de la Mamounia a été servi dans les jardins de la villa, décorés de nattes mauritaniennes, de poufs, de tables, chinés chez Moustapha Blaoui.

La tension et l’excitation commençaient à monter, tout comme la température qui brouillait déjà un peu le ciel.

 

 

 

Le défilé croisière, point d’orgue d’une plongée de trois jours dans l’univers Dior

A 19h, un ballet incessant de limousines noires, conduisait les invités aux abords du Palais El Badi ou palais de l’incomparable (nom prédestiné pour ce défilé…), construit à la fin du XVIe siècle par le sultan saadien Ahmed al-Mansur Dhahbî et dont il ne reste qu’une immense esplanade entourée de hauts murs ocre. Autour d’un bassin rempli d’eau pour l’occasion et habillé de 3000 bougies, s’alignaient deux rangées de canapés recouverts de coussins réalisées par les femmes artisanes de l’Anti-Atlas et du Rif de Sumano, association qui vise à faire revivre et à préserver des traditions artisanales comme la peinture sur céramique ou l’art du tissage et des teintures végétales. Sumano a aussi fourni les vases et les photophores qui ont décoré les différents dîners et le tissu tissé et peint à la main d’un grand manteau cape qui a ouvert le défilé. Les femmes artisanes ont d’ailleurs assisté, émues et des étoiles plein les yeux, aux répétitions du défilé.

 

  

Revenons à lundi soir. Dans un défilé, le spectacle est aussi bien sur le catwalk qu’à l’extérieur. Le jeu consiste à repérer les célébrités ou à admirer les looks extravagants de certains invités. Jessica Alba, Lupita Nyong’o, Shaileene Woodley, Mademoiselle Agnès, amira Casar, Karlie Kloss ou encore Emmanuelle Seigner étaient de la partie, toutes habillées en Dior.

 

 

  

Quelques gouttes de pluie nous firent craindre le pire. Mais au moment où les braseros s’enflammèrent, sous les notes envoûtantes des flutes de bambou et des ghaïtas (hautbois arabes) des joueurs de Jajouka et des rythmes électroniques du groupe The Orb, pionnier anglais du style « ambient house », tout le monde retint son souffle, même la pluie.

A 20H40, l’Afrique de Dior entra en scène sur le plus long set de l’histoire de la maison de couture, entièrement recouvert de nattes mauritaniennes. Défilèrent sous nos yeux émerveillés et au rythme d’une musique qui monta en puissance tout au long du défilé, pas moins de 114 looks, nourris de la créativité de designers invités. Certains furent imaginés en collaboration avec l’anthropologue Anne Grosfilley et la société ivoirienne Uniwax qui cosigne les tissus Wax, réinterprétation de la toile de Jouy et des cartes de Tarot chères à Maria Grazia et du modèle « Jungle » de Marc Bohan. Le styliste Pathé Ouédraogo, dit Pathé’O, connu pour avoir habillé Nelson Mandela, a dessiné une chemise et une jupe à l’effigie du leader sud-africain. La créatrice Grace Wales Bonner, gagnante du prix LVMH 2016 a livré sa version du New-Look en crochet et broderie afro-carabéennes, tout comme l’artiste afro-américaine Mickalene Thomas qui l’a upgradé de broderies « 3D ». Ces différentes collaborations ont sublimé les codes Dior, tel un dialogue artistique polyphonique et les 114 silhouettes de la collection « Common ground » (terrain d’entente) célébraient le métissage des cultures. Comment faire un choix entre les looks 100% wax aux couleurs terreuses et naturelles ou indigo, le tee-shirt à message qui affiche « Avec la culture on apprend à vivre ensemble » signé Tahar ben Jelloun, les robes écrues en dentelle de guipure, les combinaisons street wear, les manteaux capes, les jupes plissées, les dos nus à détails massaï, les bottes en cuir tressé ? J’ai tout aimé, sans oublier les turbans drapés que Stephen Jones, modiste maison, a imaginé avec Daniella Osemadewa et Martine Henry, les ceintures larges qui enserraient les tailles, les jeux de transparence et les ponchos, les grands cabans sans doublure…Seul regret, qu’il n’y ait pas eu plus de référence au patrimoine marocain, nous avons de tellement belles broderies…

 

 

Un défilé de 26 minutes qui m’a envoûtée, émue et rendue fière de faire un peu partie de ce pays et de ce continent. Un défilé encore plus fort que « Le bal des artistes », le défilé haute couture de 2007, qui avait célébré les 60 ans de la maison de l’avenue Montaigne et m’avait laissé un souvenir inoubliable. Un défilé qui s’est terminé par une after-party surréaliste avec la performance de la diva Diana Ross vêtue d’une robe haute couture signée Dior, évidemment, sous le regard incrédule des invités. « J’adore être la surprise » a-t-elle déclaré.

Le lendemain midi, sur la terrasse du Nomad, surplombant la place des épices, les journalistes réunis pour la dernière fois, échangeaient sur cette soirée exceptionnelle.

Merci à Dior pour ces trois jours qui sont passés comme un rêve et qui ont prouvé que l’industrie de la mode ne se résume pas toujours à la production de vêtements. Elle peut aussi devenir un espace de dialogues, un « common ground », comme l’évoque la philosophe féministe Naomi Zack, dans lequel, malgré toutes les différences, les échanges entre femmes peuvent se concrétiser par des réflexions et des actions

 

Crédits Photos : Dior et Origamimi

2 Comments

  • Marie
    mai 3, 2019 at 3:37

    Magnifique reportage qui nous fait si bien voyager au travers de ces deux continents si bien decrit et accompagne de photos sublimes bravo on en redemande

  • Boisard
    mai 3, 2019 at 5:06

    Magnifique!!!!!! Que du rêve, de la beauté et de l’art concrétisés par les photos et le texte. Merci de nous avoir fait profiter de cette soirée exceptionnelle JOJO;

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